Jeux d’autrefois en Tunisie : Quand quelques pierres, des cartes et un peu de temps suffisaient au bonheur

De la kharbga aux parties de chkobba, en passant par la tawla, les dominos ou les jeux d’enfants dans les ruelles, les jeux traditionnels racontent une autre manière de vivre. Celle des cafés animés, des après-midi en famille et des longues soirées où le plaisir se partageait, tout simplement. Des habitudes qui traversent les générations et dont certaines résistent encore au temps.
Des parties qui rythmaient la vie
Avant les écrans et les divertissements connectés, il y avait les rendez-vous habituels, les retrouvailles entre voisins et ces parties qui pouvaient durer des heures. Dans les cafés populaires, sur une terrasse, à l’ombre d’un arbre ou dans la cour familiale, le jeu occupait une place particulière dans le quotidien de nombreux Tunisiens.
Pour beaucoup de nos grands-parents, ces moments étaient autant une occasion de se divertir que de retrouver des amis, de discuter de l’actualité, de raconter des anecdotes ou de se lancer quelques plaisanteries. Une défaite pouvait susciter des éclats de rire, une revanche était souvent promise et chaque joueur avait sa réputation.
La kharbga, l’intelligence du jeu avec quelques pierres
Parmi les jeux les plus évocateurs du patrimoine populaire tunisien, la kharbga (الخربقة) occupe une place singulière. Particulièrement connue dans le Sud tunisien et les régions rurales, elle se joue traditionnellement sur un plateau dessiné dans la terre ou le sable, à l’aide de petites pierres, parfois remplacées par des noyaux de dattes ou d’autres objets disponibles.
Derrière cette apparente simplicité se cache un véritable jeu de stratégie, de calcul et d’anticipation. Les joueurs déplacent leurs pions et cherchent à éliminer ceux de leur adversaire.
Son origine exacte reste difficile à établir. Certaines traditions rapportent son ancienneté et sa transmission au fil des générations, sans permettre d’en fixer précisément la naissance.
Aujourd’hui encore, la kharbga continue d’être pratiquée dans certaines localités, notamment dans le Sud. Des anciens s’y retrouvent toujours, faisant vivre un jeu qui appartient autant à leur mémoire qu’à leur quotidien.
La chkobba, un classique des cartes tunisiennes
Impossible d’évoquer les jeux de nos aînés sans parler de la chkobba (الشكبة). Très populaire en Tunisie, elle fait partie de ces jeux qui réunissent facilement deux ou quatre joueurs autour d’une table.
Issue de la Scopa italienne, elle témoigne des échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée. Le principe consiste notamment à ramasser des cartes en réalisant les bonnes combinaisons, avec une dimension tactique qui rend chaque partie différente.
Dans les cafés comme à la maison, la chkobba a longtemps accompagné les discussions, les pauses et les retrouvailles. Elle reste aujourd’hui un incontournable pour de nombreux amateurs, toutes générations confondues.
La tawla et les dominos, les rendez-vous des cafés
Autre habitué des cafés traditionnels, la tawla (الطاولة), jeu de pions et de dés appartenant à la grande famille du backgammon, mêle hasard, réflexion et stratégie. Ses racines s’inscrivent dans une longue histoire des jeux de parcours du bassin méditerranéen et du Proche-Orient.
La tawla garde une place particulière dans les habitudes de certains joueurs, notamment parmi les hommes qui se retrouvent régulièrement autour d’un plateau.
À ses côtés, les dominos ont également traversé les générations. Faciles à transporter et à installer, ils séduisent par leur simplicité apparente, mais aussi par les calculs et les tactiques qu’ils peuvent mobiliser.
Ces jeux sont souvent le prétexte idéal pour prolonger une rencontre, échanger quelques nouvelles ou simplement rompre la routine.
Le rami, la belote et les soirées qui s’éternisent
Le rami et la belote comptent également parmi les jeux de cartes appréciés dans les réunions familiales et amicales. Avec leurs combinaisons, leurs annonces et leurs stratégies, ils demandent mémoire, observation et parfois une bonne dose de sang-froid.
À l’occasion des fêtes, des vacances ou des longues soirées d’hiver, les cartes deviennent un véritable point de rassemblement.
Les habitudes diffèrent d’une famille à l’autre, mais l’esprit reste souvent le même : partager un moment, discuter, rire et recommencer une partie.
Les jeux d’enfance, ces souvenirs que l’on garde
Le patrimoine ludique tunisien ne se limite pas aux jeux des adultes. Il est aussi fait de souvenirs d’enfance, de jeux improvisés dans les quartiers et de loisirs inventés avec les moyens du bord.
Les cinq pierres, par exemple, reposent sur l’adresse et la coordination : lancer un caillou, récupérer les autres et enchaîner différentes figures. Les règles peuvent varier selon les familles et les régions.
Les billes, elles, ont animé bien des récréations. Dans la poussière ou sur la terre, les enfants traçaient des cercles, visaient leurs adversaires et défendaient leurs petites collections.
Il y avait aussi le zarbout, la toupie en bois lancée à l’aide d’une ficelle, ainsi que des jeux de course, de poursuite et de devinettes. Des divertissements simples, qui laissaient une large place à l’imagination, à l’habileté et à la vie collective.
Des jeux qui changent, une mémoire qui demeure
Si les habitudes de loisirs ont évolué, ces jeux n’ont pas tous disparu. Certains continuent de rassembler les générations, tandis que d’autres survivent surtout à travers les souvenirs, les initiatives culturelles et les transmissions familiales.
La kharbga, notamment, reste visible dans certaines régions tunisiennes. Les jeux de cartes, les dominos et la tawla conservent également leurs adeptes. Quant aux jeux d’enfants d’autrefois, ils réapparaissent parfois dans les animations patrimoniales ou à l’occasion de retrouvailles en famille.
Plus qu’un simple divertissement, ces pratiques constituent une part de notre mémoire collective. Elles racontent une époque où l’on pouvait transformer quelques pierres en plateau de jeu, quelques cartes en prétexte à se retrouver et une simple après-midi en souvenir durable.
Et si le véritable luxe de ces jeux résidait finalement dans ce qu’ils offraient de plus précieux : du temps, de la présence et le plaisir d’être ensemble ?