Acide hyaluronique : Préserver l’harmonie plutôt que transformer- Entretien avec Dr Jihene Baccar

Longtemps associé au simple comblement des rides, l’acide hyaluronique est aujourd’hui au cœur d’une révolution esthétique plus large. Visage, mains, cou… et désormais zones intimes : son champ d’action s’est considérablement étendu. Mais derrière l’engouement, la prudence reste essentielle.
Pour le Dr Jihene Baccar, médecin esthétique, le sujet mérite profondeur et responsabilité.
« L’acide hyaluronique est une molécule naturellement présente dans notre corps. Ce n’est pas un produit étranger. Il hydrate, soutient, structure. En médecine esthétique, on l’utilise pour restaurer ce que le temps diminue. Mais restaurer ne signifie pas transformer. »
La distinction est importante. Selon elle, la banalisation des injections sur les réseaux sociaux a parfois dénaturé la perception du geste médical.
« On voit beaucoup d’images standardisées. Des lèvres volumineuses, des visages figés. Pourtant, l’objectif d’une injection réussie, c’est que la personne continue à se ressembler. On doit reconnaître le visage. On doit reconnaître la femme. »
Au fil des années, les indications se sont élargies. Outre les pommettes, les lèvres ou l’ovale du visage, l’acide hyaluronique peut aussi être utilisé dans des indications plus spécifiques, y compris en gynécologie esthétique.
« Oui, il existe aujourd’hui des injections dans les zones intimes, notamment pour améliorer le confort ou restaurer des tissus après des changements hormonaux ou des accouchements. Mais cela reste un acte médical, avec des indications précises. Ce n’est jamais un geste anodin, ni un geste de mode. »
Ce qui préoccupe particulièrement le Dr Baccar, c’est l’hyper-injection.
« L’excès est devenu une tendance. On injecte trop, trop souvent, trop tôt. Le visage perd alors sa dynamique naturelle. Il faut respecter l’âge, respecter la morphologie, respecter l’identité. À 30 ans, on ne doit pas chercher le visage d’une adolescente. À 50 ans, on ne doit pas effacer toute trace du temps. Le but n’est pas de nier l’âge, mais de l’accompagner avec élégance. »
Elle insiste également sur un point fondamental : l’environnement médical.
« Une injection doit être réalisée par un médecin formé à l’anatomie. Le visage est traversé par des réseaux vasculaires complexes. Une erreur peut avoir des conséquences graves. Il faut vérifier la traçabilité du produit, la qualité du laboratoire, et s’assurer que l’acte se déroule dans un cabinet médical sécurisé. »
Pour elle, la clé réside dans l’harmonie.
« L’esthétique moderne n’est pas dans la transformation spectaculaire. Elle est dans l’équilibre. Une injection réussie est celle que l’on ne remarque pas, mais qui illumine le regard, adoucit une expression, redonne confiance. »
Au-delà de la technique, l’approche est presque philosophique.
« Il faut se poser une question simple avant d’injecter : est-ce que je veux ressembler à quelqu’un d’autre, ou à moi-même en mieux ? La médecine esthétique doit accompagner l’estime de soi, pas créer une dépendance ou une uniformisation. »
Dans un monde où l’image occupe une place centrale, le véritable luxe serait peut-être celui-ci : rester soi, tout simplement.