“Trop vieille à 38 ans” : Stephanie Cavalli, le mannequin aux cheveux gris qui ouvre aujourd’hui le défilé Chanel à 50 ans

On lui a dit qu’elle était trop vieille. Aujourd’hui, c’est elle qui ouvre le défilé Chanel Haute Couture.
Stephanie Cavalli n’est pas seulement le visage marquant du dernier show Chanel — elle en est aussi l’un des symboles les plus puissants. Mannequin star dans les années 1990, elle a quitté les podiums à 38 ans, convaincue qu’elle n’avait plus sa place dans une industrie obsédée par la jeunesse. Quinze ans plus tard, elle revient, cheveux gris assumés, silhouette intacte et regard apaisé. Et c’est Matthieu Blazy lui-même qui la choisit pour ouvrir le défilé.
Une trajectoire rare, intime, et profondément actuelle.
Une carrière stoppée net… à cause de l’âge
Née à Ostia d’un père italien et d’une mère guadeloupéenne, Stephanie Cavalli s’installe aux États-Unis à 26 ans et travaille à plein temps comme mannequin. Mais à 38 ans, elle décide d’arrêter.
Dans une interview accordée à Vogue, elle explique :
« J’étais dans un entre-deux : trop âgée pour continuer ce métier, trop jeune pour entrer dans la catégorie des “mannequins seniors”, comme on nous appelle aujourd’hui. » Stephanie Cavalli, Vogue
Elle décrit aussi la pression constante de l’époque :
« Être mannequin dans les années 1990 et 2000 a été une expérience magnifique, mais aussi très difficile. On me disait sans cesse à quoi je devais ressembler et qui je devais être. J’ai commencé à 22-23 ans, et on me suggérait de dire que j’en avais 18, parce qu’à mon âge je n’étais déjà plus “idéale”, perçue comme trop vieille. » — Vogue
Épuisée par ces injonctions, elle quitte les podiums et ouvre une boutique vintage dans l’État de New York. Elle s’y reconstruit, se réapproprie son image, va jusqu’à se raser la tête, et entame un profond travail personnel.
Le retour à 50 ans : cette fois, selon ses règles
C’est en 2020 qu’un photographe l’encourage à contacter une agence représentant des mannequins de plus de 40 ans. Elle tente sa chance. Elle a alors 40 ans passés. Dix ans plus tard, elle défile pour Chanel.
Cette renaissance a une saveur particulière :
« Cette longue pause a été fondamentale pour comprendre qu’aujourd’hui, à 50 ans, je peux être mannequin avec ma propre image et mon propre récit. Je n’ai plus à suivre les directives de qui que ce soit, je peux être moi-même, et non ce que le marché attend. » reporté par Vogue
Lorsqu’elle apprend qu’elle ouvrira le défilé Haute Couture, l’émotion est immense :
« Quand Matthieu est venu me l’annoncer, j’étais au septième ciel… C’était une preuve de confiance incroyable. » reporté par Vogue
Chanel, l’âge et un moment charnière dans la mode
Pour Stephanie Cavalli, ce défilé dépasse sa propre histoire. Il marque un tournant.
« Juste après le défilé, en voyant l’attention portée à la diversité d’âge chez Chanel, j’ai compris à quel point c’était grand, beau et essentiel que Chanel fasse défiler des femmes de différents âges en haute couture. » reporté par Vogue
Elle reste lucide – la mode fonctionne par cycles – mais demeure optimiste : « On avance parfois d’un pas et on recule de trois. Mais il existe une réelle attention pour ces sujets, et il est important de continuer à en parler. » reporté par Vogue
Ses cheveux gris, son manifeste silencieux
Autre signature forte : sa chevelure blanche, devenue virale.
« J’ai décidé d’arrêter de les teindre pendant la pandémie. C’était le bon moment pour affronter la transition vers les cheveux gris. Je suis ravie de l’avoir fait : mes cheveux n’ont jamais été aussi sains et beaux. » reporté par Vogue
Pour elle, la beauté réside dans la simplicité et l’authenticité – une vision qui fait écho à l’élégance discrète de Chanel.
“C’est le meilleur moment pour avoir 50 ans”
Aujourd’hui, Stephanie Cavalli parle d’épanouissement plutôt que de revanche.
« Nous avons tous un potentiel immense… J’ai 50 ans, et je trouve cela magnifique de voir tout ce que j’ai encore à découvrir et à exprimer. » — Vogue
Dans une industrie qui l’avait mise de côté, elle revient sans demander la permission.
Pas comme une exception.
Mais comme la preuve vivante que le style, la présence et la force ne connaissent pas de date d’expiration.
Et si le vrai luxe, en 2026, c’était simplement d’oser être soi — à tout âge ?