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Immobilier en Tunisie : entre marché sous tension, essor de l’informel et rôle essentiel des agences immobilières

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Avec près de 1 400 agences immobilières agréées et des milliers d’intermédiaires opérant en dehors du cadre professionnel, le marché immobilier tunisien révèle un secteur à fort potentiel, mais encore insuffisamment structuré. Dans un contexte où l’achat, la vente ou la location d’un bien représentent des décisions financières majeures, l’agence immobilière apparaît plus que jamais comme un acteur essentiel : celui qui apporte expertise, accompagnement, transparence et sécurité à une transaction souvent complexe.

Un secteur important, mais encore peu structuré

L’immobilier occupe une place centrale dans l’économie tunisienne et dans les projets patrimoniaux des ménages. Acheter un appartement, vendre une maison familiale, investir dans un terrain ou rechercher un local commercial sont autant d’opérations qui mobilisent des sommes importantes et nécessitent une connaissance précise du marché.

Pourtant, derrière cette activité se cache une réalité moins visible : le secteur de l’intermédiation immobilière reste marqué par une forte présence de l’informel.

Selon Mohsen Chaâbani, président de la Commission des agences immobilières au sein de la CONECT, cité par La Presse en octobre 2025, la Tunisie compterait entre 1 000 et 1 400 agences immobilières agréées, contre 10 000 à 15 000 intervenants non agréés. Des estimations qui illustrent l’ampleur du défi auquel fait face la profession. Il convient toutefois de préciser que le second chiffre concerne des intervenants et non nécessairement des agences physiques.

Cette situation n’est pas nouvelle. En 2024, les données présentées lors d’une rencontre organisée par le Groupement professionnel des agences immobilières (GPAI), relevant de la CONECT, faisaient déjà état d’environ 1 400 agences agréées et de quelque 9 000 intermédiaires informels. À cette période, 93 % des agences agréées étaient indépendantes, 2 % appartenaient à des réseaux nationaux et 5 % à des réseaux internationaux sous franchise.

Autre indicateur révélateur : le pays comptait environ 3,69 millions de logements, soit près de quatre agences agréées pour 10 000 logements. Un ratio qui donne une idée du potentiel de développement de l’intermédiation professionnelle en Tunisie.

L’informel, un défi pour la confiance et la transparence

La multiplication des intermédiaires non agréés soulève plusieurs questions : quelle garantie pour le propriétaire qui confie son bien ? Quelle protection pour l’acquéreur qui engage ses économies ? Comment s’assurer de la fiabilité des informations communiquées, de l’identité des parties ou de la régularité d’une opération ?

Dans un marché où les annonces circulent rapidement sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques, la frontière entre simple mise en relation et véritable prestation immobilière peut devenir floue.

L’intervention d’un intermédiaire non professionnel peut exposer les parties à des informations incomplètes, des prix mal évalués, des annonces diffusées sans mandat clairement établi ou des incompréhensions sur les conditions de la transaction. Cela ne signifie pas que toute personne exerçant en dehors d’une agence manque de sérieux, mais l’absence d’un cadre professionnel identifiable rend les responsabilités et les recours plus difficiles à établir.

L’enjeu est donc moins de multiplier les structures que de renforcer la qualité, la compétence et la responsabilité des acteurs qui interviennent sur le marché.

Pourquoi une agence immobilière reste-t-elle indispensable ?

Réduire le rôle d’une agence immobilière à la publication d’une annonce ou à l’organisation d’une visite serait une vision très limitée de son métier.

Une agence professionnelle intervient à plusieurs étapes d’une transaction. Elle commence par comprendre les besoins de son client, analyser les caractéristiques du bien et apprécier son positionnement sur le marché. Elle contribue ensuite à déterminer un prix cohérent, à élaborer une présentation attractive et à cibler des acquéreurs ou locataires réellement intéressés.

Son travail consiste également à organiser les visites, filtrer les demandes, recueillir les informations utiles, faciliter les échanges et accompagner la négociation entre les parties.

Mais sa valeur ajoutée ne s’arrête pas à la mise en relation. Une agence sérieuse doit aussi attirer l’attention de ses clients sur les documents nécessaires et les vérifications à effectuer avant la conclusion d’une opération : situation juridique du bien, titre de propriété, éventuelles charges, identité des parties et conditions contractuelles.

Elle ne se substitue pas au notaire, à l’avocat ou aux services compétents pour les vérifications juridiques qui relèvent de leur mission. En revanche, elle joue un rôle de coordination et d’accompagnement qui peut éviter de nombreuses incompréhensions.

Pour le vendeur, elle permet de mieux valoriser son bien et de limiter les visites peu sérieuses. Pour l’acquéreur, elle facilite la recherche, la comparaison et la négociation. Pour le locataire comme pour le propriétaire, elle peut simplifier les démarches et clarifier les conditions de la mise en location.

Dans un secteur où les enjeux financiers sont considérables, cette expertise représente une véritable valeur ajoutée.

Des prix qui continuent d’évoluer

Les données de l’Institut national de la statistique (INS) permettent également de suivre l’évolution du marché. Selon l’indice des prix de l’immobilier, les variations annuelles enregistrées au quatrième trimestre 2025 étaient les suivantes :

  • Terrains : +3,9 % ;
  • Appartements : +5,7 % ;
  • Maisons : +5,6 %.

Ces évolutions montrent que les prix ont poursuivi leur progression sur un an. Il s’agit toutefois de variations d’indices et non de prix moyens au mètre carré. Les réalités restent très différentes selon les régions, les quartiers, l’ancienneté du bien, sa qualité de construction et les prestations proposées.

Cette diversité rend justement l’expertise locale des agences particulièrement utile. Estimer correctement un bien ne consiste pas simplement à comparer quelques annonces en ligne. Il faut tenir compte de son emplacement, de son état, de ses caractéristiques, de la demande réelle et des prix auxquels des biens comparables peuvent effectivement être négociés.

Une profession encadrée, appelée à renforcer ses exigences

En Tunisie, la profession d’agent immobilier est notamment régie par la loi n° 81-55 du 23 juin 1981, complétée par la loi n° 2005-77 du 4 août 2005. Depuis la réforme de 2001, l’exercice de l’activité repose notamment sur le respect d’un cahier des charges déposé auprès de l’administration chargée du commerce.

Plus récemment, un arrêté du ministère du Commerce, publié au Journal officiel de la République tunisienne le 26 janvier 2026, a renforcé les obligations des agents immobiliers en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il prévoit notamment des mesures de vigilance, l’identification et la vérification des clients, le suivi des opérations ainsi que la conservation de documents pendant dix ans dans les conditions prévues par le texte.

Cette évolution confirme que l’agent immobilier n’est pas un simple apporteur de contacts. Il intervient dans un environnement où la traçabilité, la connaissance des clients et la transparence des opérations prennent une importance croissante.

Parallèlement, les professionnels réunis au sein du GPAI et de la CONECT appellent à une meilleure organisation du secteur, à la révision de son cadre réglementaire et à une reconnaissance plus forte du métier. La création d’un ordre professionnel figure notamment parmi les pistes évoquées par les représentants de la profession.

Le numérique transforme le métier, sans remplacer l’expertise

Les plateformes d’annonces et les réseaux sociaux ont profondément changé les habitudes des Tunisiens. Un propriétaire peut désormais publier son bien en quelques minutes et recevoir directement des dizaines de sollicitations.

Cette facilité a rendu le marché plus accessible, mais elle a aussi renforcé la concurrence et parfois brouillé les repères. Une annonce visible sur Internet ne garantit ni la fiabilité de son contenu, ni la disponibilité du bien, ni la régularité de la transaction.

L’agence immobilière doit donc évoluer. Sa valeur ne repose plus uniquement sur l’accès aux annonces, mais sur sa capacité à sélectionner les biens, vérifier les informations disponibles, maîtriser les outils numériques, comprendre les attentes des clients et proposer un accompagnement personnalisé.

La digitalisation peut ainsi devenir un levier de professionnalisation, à condition qu’elle serve la transparence plutôt que la simple multiplication des annonces.

Redonner confiance pour faire évoluer le marché

Le marché immobilier tunisien dispose d’un potentiel réel, mais son développement passe aussi par la confiance. Une transaction réussie ne dépend pas uniquement du prix ou de l’emplacement d’un bien : elle repose sur la qualité de l’information, la clarté des engagements et la fiabilité des personnes qui accompagnent les parties.

Dans ce contexte, les agences immobilières professionnelles ont un rôle à défendre et à valoriser. Leur mission consiste à apporter de la méthode dans un marché parfois désorganisé, de la visibilité aux biens, de la qualité à la relation client et davantage de sérénité aux transactions.

L’avenir de la profession ne se jouera donc pas uniquement sur le nombre d’agences, mais sur leur capacité à instaurer des standards de qualité, à gagner la confiance des Tunisiens et à démontrer concrètement leur utilité.

Car dans une transaction immobilière, qui engage souvent une part importante du patrimoine d’un ménage, le véritable enjeu n’est pas seulement de trouver un acheteur ou un logement. C’est de réaliser la bonne opération, dans les meilleures conditions et avec les garanties nécessaires.

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